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Douce et sensuelle,
la vanille nous replonge dans les délices de l’enfance.
Mais ce fruit de paradis, issu d’une orchidée capricieuse,
aime se faire désirer…
Longtemps, la fleur de vanille refusa de livrer son secret. Rapportée
d’Amérique centrale par les conquistadores, elle qui,
depuis des siècles, offrait aux Aztèques de somptueux
fruits dont ils parfumaient leur « tchocolatl », déçoit
amèrement les jardiniers du Vieux Continent. Dans leur serres
humides, cette orchidée sauvage consent à croître,
à donner quantité de fleurs éphémères,
mais de gousses, point. Le mystère ne s’éclaircit
que trois cents ans plus tard, lorsqu’un botaniste belge découvre
que la belle est hermaphrodite et incapable de se reproduire seule
hors de son pays d’origine, où la petite mélipone,
une abeille locale, vient lui rompre l’hymen, permettant au
pollen d’atteindre son stigmate. En 1841, sur l’île
Bourbon (l’actuelle Réunion), un jeune esclave, Edmond
Albius, découvre un procédé de fécondation
artificielle, qui est resté le même depuis. Il s’agit
de fendre la fleur à l’aide d’une épine
de citronnier, et de mettre en contact les organes reproducteurs.
Un travail minutieux, confié aux « marieuses »,
comme on les appelle encore dans les vanilleraies de l’océan
Indien. Ces femmes expertes doivent agir vite, au matin, car la
délicate corolle blanche s’ouvre dans la nuit et ne
vit qu’une journée. Capricieuse et fragile, la vanille
sait se faire désirer. Elle réclame ombre et soleil
à parts égales, et une chaleur moite, qui lui rappelle
ses forêts vierges natales. Elle s’épanouit à
Tahiti, où son parfum se teinte d’héliotrope
et de notes anisées, mais surtout à la Réunion
et à Madagascar.
On dit qu’un préparateur de vanille est rarement de
mauvaise humeur. D’abord parce qu’il est considéré
comme un travailleur privilégié, ensuite parce que
l’on prête aux actifs vanillées des vertus euphorisantes.
Au 19° siècle, n’en prescrivait-on pas aux jeunes
filles mélancoliques ? Stimulante et tonique, la vanille
est aussi célébrée pour ses pouvoirs aphrodisiaques.
La vanille demande beaucoup de soins. Après la récolte,
les gousses sont baignées, enveloppées pour bien transpirer,
séchées au soleil quelques heures par jour, puis massées
à l’huile de cachou. Ce n’est que trois à
six mois plus tard que leur parfum se développe. Les plus
beaux fruits vieilliront tranquillement, exsudant longtemps ces
cristaux de vanilline qui sont le principe même de l’arôme
si recherché.
Tant d’attention se paie, et la vanille est aujourd’hui
l’épice la plus onéreuse après le safran.
(Jusqu’à 680.00 €/kilo). Monument incontournable
de la douceur, elle fait depuis quelque temps une entrée
remarquée sur les cartes des grands chefs. La vanille se
marie avec volaille, gibier, poisson, riz, huile d’olive et
desserts.
Dernier bastion conquis par ce fruit de paradis : Coca-Cola, qui
vient de lancer une version vanillée aux Etats-Unis. Voilà
qui risque de faire flamber les cours.
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